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  • Un tsunami entrepreneurial secoue les campus des grandes écoles

    Discrètement, un puissant agent de transformation est à l’œuvre dans les grandes écoles d’ingénieurs et de gestion, et même dans certaines universités. Il a les allures sympathiques d’un virus tonique et positif. La formation au métier d’entrepreneur, qu’un mythe croyait dévolu aux autodidactes, est instillée de plusieurs façons – piqûre générale de sensibilisation en première année, spécialisation et accompagnement ensuite pour ceux qui l’ont transformé en vocation, avant l’envol pour la passionnante aventure préparée dans l’incubateur maison grâce à l’écosystème puissant de l’école. Pas question de dresser un inventaire à la Prévert de ce foisonnement d’initiatives tant est riche leur diversité, mais plutôt d’en retenir quelques idées clés, novatrices, majeures. Incubateur sur chaque campus, sensibilisation généralisée en première année pour faire naître les vocations, puis spécialisation en fin de cursus après décantation des motivations, le tsunami de l’entrepreneuriat secoue la plupart des grandes écoles. Ainsi, à Toulouse, TBS a mis en place un séminaire “ouvre-boîte” permettant aux étudiants de rencontrer des créateurs d’entreprise pour échanger sur la création ou la reprise d’entreprise et envisager d’autres carrières que celle de salarié. Kedge, qui vient d’installer une business nursery, a mené ainsi une enquête en 2016 auprès de 1?322 candidats passés sur son campus de Marseille?; 40?% d’entre eux affirment que travailler dans une start-up fait partie de leur projet tandis que 58?% expliquent que c’est un sujet qui les intéresse. “La création d’entreprise par des étudiants ou jeunes diplômés fait désormais partie des projets professionnels à part entière” estime ainsi Valérie Claude-Gaudillat, directrice d’Audencia Innovation. Les formations à l’entrepreneuriat et à l’innovation se sont généralisées. 100?% des étudiants du programme Grande école bénéficient d’une formation à l’entrepreneuriat. À ESCP Europe, en 10 ans, le nombre d’élèves qui suivent l’option entrepreneuriat dans le Master in management a été multiplié par plus de 5 (26 en 2007-2008 et 144 en 2016-2017). “Ce qui était perçu il y a 10 ans comme un pari risqué ou une orientation atypique est devenu un sujet très prisé considéré comme essentiel” observe Sylvain Bureau, directeur scientifique de la chaire entrepreneuriat de l’ESCP. On pourrait voir en ce fort engouement la manifestation passagère, voire éphémère, d’une mode accessoire égayant un temps les campus de ses piments de créativité, aventures risquées et autres excitants dans ce monde si normé et académique des grandes écoles. Rien de plus faux?: cette tendance est puissante, généralisée, assez ancienne pour certaines – le premier incubateur a été créé par l’ESC Lyon il y a 32 ans – et n’a vraiment rien de marginale. Tous y succombent, Polytechnique comme HEC – pour laquelle c’est déjà une très vieille histoire avec HEC Entrepreneur créé voilà 40 ans, un incubateur riche de 250 naissances – CentraleSupelec ou les Mines. “Il ne s’agit plus d’une tendance mais d’un mouvement, un véritable engouement pour la création d’entreprise. Nos étudiants créent des start-up, pendant ou peu après l’obtention de leur diplôme” observe Étienne Krieger, professeur à HEC Paris et directeur scientifique du Centre d’Entrepreneuriat, dont le premier baromètre sur l’entrepreneuriat révélait en 2015 qu’un quart des diplômés récents étaient entrepreneurs et participaient à la création et au développement d’une start-up. Et même les cadres s’y mettent, puisque le taux d’entrepreneurs est devenu particulièrement élevé dans le programme Executive MBA. Plus généralement, cette dynamique s’exprime par un chiffre?: 60?% des 18-30 ans se déclarent prêts à créer leur entreprise. Or cet enthousiasme mutant en mouvement de fond se révèle en fait un puissant levier de transformation de ces institutions qui ont longtemps cultivé un certain nombre de valeurs cardinales comme l’individualisme, l’excellence académique, les enseignements théoriques parfaitement rangés en silos, le pur brio intellectuel… Soudain, ces brillantes certitudes se trouvent bousculées par des enseignements valorisant le travail en équipe, la créativité, l’autonomie, la transversalité, les pratiques collaboratives, multidimensionnelles et à 360°, le pragmatisme faisant fi des certitudes, le goût du risque, l’accent mis sur des compétences sociales et humaines, moins théoriques lorsqu’il faut se frotter aux réalités d’un marché et tutoyer les attentes des éventuels clients. Alors il faut découvrir les délices inédits de l’expérientiel… “ces institutions ont longtemps cultivé un certain nombre de valeurs cardinales comme l’individualisme, l’excellence académique, les enseignements théoriques parfaitement rangés en silos, le pur brio intellectuel” “Il faut permettre aux élèves de désapprendre, précise Sylvain Bureau. L’entrepreneuriat nécessite des logiques, des attitudes et des méthodes souvent en décalage avec les modes d’apprentissage passés?: importance de l’imperfection (cf. prototype, échec…) versus l’obtention du 20/20, dynamique collective versus individuelle, transformation du réel versus reproduction des connaissances passées, sens émergent versus objectif imposé…” Les bricoleurs passionnés d’innovation contaminent la classique culture de l’organisation par leur quête éperdue d’efficacité réactive. À l’EM Lyon, on cultive justement cet esprit, insufflé par ceux que l’on nomme les “makers”. Ceux qui font. On les forme et on les met sur le marché?! Et voilà d’un coup les belles méthodes des cas remisées au placard afin de faire place aux méthodes pédagogiques basées sur l’impact, permettant aux élèves de créer des projets réels dont les impacts dépasseront le cadre scolaire, “car ils transformeront le réel ici et maintenant” explique Sylvain Bureau. Au menu?: prototypes, événements et double évaluation – par le professeur et le réel (retours du public, ventes, jury…). Et travail multidisciplinaire en équipe. Ce qui déclenche de légitimes passions débordant largement la salle de classe. Comme l’explique l’un des dirigeants de Neoma, “il faut réussir à allier théorie et pratique en faisant intervenir des professionnels de terrain (chefs d’entreprise, créateurs…) et des enseignants-chercheurs, et utiliser plutôt la méthode inductive (de l’exemple, la mise en pratique à la théorie) que déductive (le contraire)”.

  • Apple plie devant P�kin

    Le gouvernement chinois maintient depuis longtemps qu'il a le droit de r�guler �troitement l'internet pour bloquer la diffusion de contenus jug�s contraires aux int�r�ts du pays et n'h�site pas � le rappeler �nergiquement aux g�ants du monde des t�l�communications qui souhaitent y faire des affaires. Apple en a donn� un nouvel exemple il y a quelques jours en d�cidant de ne plus offrir l'acc�s � l'application du New York Times aux usagers chinois de ses services. La firme s'est born�e � dire que l'application en question contrevenait aux �?r�glements locaux?� et ne pourrait �tre rendue accessible tant que la situation n'aurait pas chang�. Les r�glements en question pr�cisent notamment que les applications ne peuvent avoir pour effet de �?mettre en danger la s�curit� nationale?� ou encore �?de troubler l'ordre social?�. Le quotidien am�ricain a d�cri� la d�cision d'Apple en relevant qu'il s'agissait d'une nouvelle tentative de censure du r�gime chinois � son endroit. Les autorit�s avaient d�j� interdit l'acc�s au site internet du journal en 2012 � la suite de la diffusion de reportages portant sur la richesse de la famille du premier ministre de l'�poque, Wen Jiabao. Un porte-parole du ministre des Affaires �trang�res chinois s'est born� � dire � l'agence Reuters que �?le d�veloppement de l'internet en Chine devait respecter en principe les lois et r�glements chinois?�. Le quotidien Global Times, qui refl�te la position des tenants de la ligne dure au sein du r�gime, est all� plus loin en accusant le quotidien am�ricain de vouloir exercer une influence indue sur �?les affaires internes chinoises?�. En �ditorial, ses dirigeants ont relev� que l'acc�s du journal am�ricain au march� chinois continuerait de fondre s'il refusait de �?s'adapter?� � l'environnement local et continuait � faire des vagues en diffusant des �?histoires sensationnalistes?�. Pierre Trudel, sp�cialiste en droit des technologies de l'information rattach� � l'Universit� de Montr�al, ne s'�tonne pas outre mesure qu'Apple ait accept� de retirer l'application du New York Times � la demande du r�gime chinois. �?Il n'y a pas beaucoup d'entreprises qui ont assez de vertu pour dire qu'elles vont renoncer au march� chinois parce que c'est contraire � leurs valeurs.?� - Pierre Trudel L'analyste convient qu'il y aura sans doute un prix � payer pour la firme, puisque toute concession � la censure risque d'�tre mal re�ue par ses usagers, notamment en Occident. �?Des gens vont d�plorer la d�cision, dire que c'est �pouvantable, mais je ne vois aucun indice permettant de penser qu'il y aura un impact perceptible sur l'utilisation des produits de l'entreprise?�, note-t-il. Adam Segal, qui dirige un programme sur le cyberespace au Council for Foreign Relations, � Washington, note qu'il est pratiquement �?impossible?� pour les grands acteurs de l'internet qui veulent avoir des activit�s en Chine d'�chapper aux diktats des censeurs. L'attitude des entreprises face � cette contrainte varie. LinkedIn, souligne M. Segal � titre d'exemple, a cr�� un service distinct pour la Chine qui est h�berg� sur des serveurs install�s dans le pays, conform�ment � la volont� des autorit�s. Google a d�cid� pour sa part de se retirer en 2010 apr�s avoir accept� dans un premier temps de censurer une partie des r�sultats de recherche en fonction de th�mes sensibles. La firme a d�couvert notamment qu'elle avait �t� la cible d'une cyberattaque �manant de l'int�rieur du pays et que les comptes Gmail de plusieurs militants avaient �t� pirat�s. Des discussions sont en cours pour permettre le retour de l'entreprise en Chine. C'est le cas aussi pour Facebook, qui y est interdit depuis 2009. L'entreprise de Mark Zuckerberg, qui courtise personnellement P�kin, plancherait notamment sur un nouvel outil de censure g�ographique qui lui permettrait de r�pondre aux exigences chinoises. �?Il cherche d�j� � vendre l'id�e qu'il vaut mieux �tre pr�sent que de ne pas �tre l� du tout?�, rel�ve M. Segal. Selon cet analyste, la taille du march� chinois et la n�cessit� pour les g�ants de l'internet de poursuivre leur croissance assurent qu'ils continueront � se montrer ouverts aux compromis exig�s par P�kin.